21 mai 2006

Carnets numériques - Marches et démarche...


En 1999, alors que je travaillais sur un projet de résidence avec une ville d'Europe du nord, je reçus la proposition d'un travail en forme de missions de courtes durées à l'étranger. Je devais pour cela encadrer des groupes de personnes vers des destinations aussi différentes que variées, c'est ainsi que commençèrent mes pérégrinations qui allaient m'emmener des îles Grecques au Maroc, en passant par le Sénégal et plus récemment l'Australie, puis l'archipel du soleil levant...

Depuis toujours j'avais rêvé de ce mouvement, en quête de nomadisme, autant d'occasions de me confronter à l'inconnu tout en récoltant ces fragments d'instantanés qui me sont si chers, paroles, mots, photos, minéraux ou bien couleurs glanées ici et là au fil des itinéraires où je me suis parfois perdu, certainement pour mieux me retrouver...

Une fois cette matière méticuleusement archivée, il ne restait plus qu'à la travailler. Pour cela j'allais mélanger outils et techniques traditionnelles, pinceaux, encres, pigments et outils numériques, devenus eux aussi indispensables à ma création.

Bien sur j'ai pu compter sur de nombreux compagnons de voyage, ils se reconnaîtront à la lecture de ces lignes, merci à eux, du fond du cœur, certains périples auraient pu prendre la tournure de cauchemars. Merci aussi à Nicolas Bouvier, Bruce Chatwin, Théodore Monod sans qui ces travaux n'auraient pas été ce qu'ils sont.


Regards sur une possible rencontre
En observant attentivement nos sociétés ultra modernes, il apparaît bien vite, à travers le grand angle de l’objectif, la somme d’une multitude de microcosmes bien hermétiques les uns aux autres.

Si l’on zoome d’un peu plus près, l’on peut voir poindre à l’horizon ce fléau nommé communautarisme, alors qu’une société dotée d’une mosaïque culturelle pourrait se révéler être d’une immense richesse, on constate avec effroi les signes avant-coureurs du repli identitaire, du « chacun chez lui », « t’es qui toi ? Non j’te parle pas ! ».

Mais comment s’ouvrir à l’autre, à l’inconnu, alors que nous avons été éduqués avec comme référence des sectorisations bien délimitées, étiquetées, rangées convenablement…
Le classique ne côtoie que très rarement le moderne, les lettres ne s’associent guère aux mathématiques, les arts ne fréquentent pas les sciences, le sérieux ayant beaucoup de mal avec le comique, le figuratif ne supportant l’abstrait et ainsi de suite. pourtant…

De ces frontières apparentes, nous sommes tous un peu responsables parce qu’elles n’existent que dans nos esprits somnolents, qui ne demandent qu’à vibrer au son d’un réveil salutaire. Certes, elles nous ont été transmises, mais rien ne nous empêche d’en prendre conscience et de les balayer tout en nous risquant à de nouvelles expériences !

Utopiste ?
Trublion ou électron libre débarqué d’un territoire imaginaire, l’artiste est un des nombreux « capteurs » de l’air du temps, bien décidé à déclencher des réactions à partir de son œuvre, entre chaos et harmonie, à bousculer les idées reçues, à déconstruire pour mieux rebâtir, à livrer une parole lorsqu’elle n’est exprimée que tout bas, à apporter un autre regard. à déranger, à susciter réflexion, interrogation ou bien émerveillement…

Rencontre
Sans une vraie rencontre, rien n’est possible, il est déterminant pour l’artiste d’aller à la rencontre de publics, de construire des ponts, des passerelles entre univers différents, tisser des liens apparemment impossibles, improbables. Il lui faut aussi démystifier le sacro-saint statut de l’Artiste perché sur son piédestal, corriger le malentendu actuel qui consiste à confondre création, art, artiste et médiatisation, enfin rétablir la confiance à travers la mise en place d’espaces interactifs rendus possibles grâce au travail de tous les acteurs du paysage culturel afin de permettre la rencontre indispensable à tout échange.
Le rôle à jouer par l’artiste dans nos sociétés est déterminant, pas plus important, mais pas moindre que celui joué par tous les autres acteurs qui participent, dans quelque domaine que ce soit, à l’éducation, à la recherche, au développement afin de bâtir les édifices de demain, ouverts sur des horizons dégagés et lumineux.

Inlassable voyageur
Dans démarche, il y a marche, marche à suivre, mouvement. La mienne est liée au voyage, au déplacement, à ce que j’aime exprimer par « le transport poétique ».
Etre dans un nouveau rapport au monde, à soi-même et aux autres…

Est-ce que ce sont toutes ces lettres reçues dans l’enfance, oblitérées avec la mention « Air Mail », ou le besoin insatiable d’aller voir ailleurs, de nourrir une soif de connaissance, la quête d’une vie autre, bousculant façon de penser et impliquant la confrontation à l’inconnu ?

2 Comments:

At 5:54 PM, Anonymous Yann, capitaine à terre said...

Dans démarche, il y a dé. Comme un coup qu'on lance, comme le risque. Aller vers son risque, le plus beau et le pire trait du genre humain. Aller vers son risque pour nourrir et magnifier ses rêves. Tu le fais quand tu armes ton cargo. Mais aller vers son risque aussi parfois pour aliéner l'or de la condition humaine. Lancer les dés comme une mauvaise flèche pour asservir, enchaîner les corps et les esprits. Ils sont nombreux à armer les arcs, les chantres mauvais du communautarisme que tu déterres dans tes voyages. Garde déjà le beau pour nous. Garde la liberté de l'artiste et trace ta route à ta guise. Elle croisera la nôtre.
Hasta pronto, cargo.

 
At 5:45 AM, Anonymous Anonyme said...

besoin de verifier:)

 

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