21 mai 2006

Saint-Louis du Sénégal

St Louis Hôtel Mermoz Janvier 2006

Je n’avais jamais mis les pieds à Saint-Louis du Sénégal. Je ne sais pas pourquoi mais cette ville me renvoyait l’image d’une autre ville, la Nouvelle-Orléans, véhiculée entre autre par le film d’Allan Parker « Angel Heart » : atmosphère lourde et pesante, ruelles étroites sagement alignées, façades de maisons décrépies, rites vaudous et créatures invisibles qui rôdent à chaque coin de rue, sur fond de jazz bien entendu. Il y a plusieurs raisons de croire à une filiation entre ces jumelles éloignées : la présence de l’océan, le jazz, l’histoire aussi…

Situation insulaire oblige, c’est par le pont Faidherbe que l’on atteint Saint-Louis la coquette, en traversant le grand bras du fleuve Sénégal, majestueux et apparemment paisible. Ici planent les souvenirs d’un autre temps : Hôtel de la Poste, chambre 219, le fantôme de Mermoz est omniprésent, l’aviateur aventurier y séjournait lors de ses escales transatlantiques ouvrant de nouvelles routes aéropostales à bord du Latécoère "Croix du Sud". Mermoz « le Grand », comme aimait le surnommer son ami Saint-Ex. Ce jour de 1936, après un dernier message radio, « coupons moteur droit », c’est un silence infini qui retentit à jamais sur l’océan, au large des côtes de Dakar…

De long en large, de l’île nord à l’île sud, des maisons colorées d’architecture coloniale, une ancienne garnison, la statue du gouverneur Faidherbe, évoquent ce pan de l’histoire durant lequel France et Sénégal étaient étroitement liés.

Plusieurs siècles de présence française et une grande satisfaction cette année à l’annonce de la commémoration de l’abolition de l’esclavage. Réelle volonté ou rattrapage suite à l’énorme gaffe à propos de l'article 4 de la loi du 23 février 2005 sur la nécessité d'enseigner "le rôle positif de la présence française outremer"

Cette chère République sortirait-elle de sa longue léthargie ?
Mais s’agissait-il réellement d’une maladresse ou plutôt d’une vision erronée ?
Pour porter un regard objectif et juste, ne faut-il pas se placer un seul instant du côté du colonisé et s’apercevoir de l’ampleur de la violence que représente cet acte, même si à l’intérieur de ce cadre, nombreux sont ceux qui ont œuvré avec intelligence et respect.

Devoir de mémoire nécessaire, salutaire face à toutes les tragédies de l’humanité que l’on ne peut se permettre ni d’oublier, ni de classer sur échelle d’importance.

Une fois le petit bras du fleuve enjambé (c’est rigolo d’enjamber un bras !!!), c’est la Langue de Barbarie qui s’étend à perte de vue, bande de sable incertaine, toujours en mouvement, dépendante de la force des courants et des vents…
Ici s’ouvre le quartier des pêcheurs. Les rues ne sont pas pavées, les habitations sont plus que sommaires avec des représentations figuratives de Marabouts sur les portes et les devantures. Les gamins en haillons tapent dans des ballons de fortune, des ânes tirent des chargements hasardeux, les poissons aplatis sèchent sur la plage et, sans le laisser paraître, ces aventuriers qui bravent chaque jour l’océan sur des pirogues multicolores sont d’après ce que l’on dit les plus fortunés de la ville.

Deux jours, c’est très court, mais assez pour ressentir cette atmosphère particulière, le charme désuet de Saint-Louis, qui donnent envie d’y séjourner plus de temps, hors du temps…

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